Les mezzés libanais, une table presque entièrement végétarienne

Pourquoi la table libanaise met les légumes au centre, comment doser tahini et citron, et comment composer un mezzé pour des invités.

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Comptez les plats d’un mezzé libanais et regardez lesquels contiennent de la viande. Sur quinze petites assiettes, il en reste deux ou trois. Personne n’a pris cette décision, elle découle du format : quand un repas se compose de nombreuses préparations partagées, les légumes et les légumineuses occupent naturellement la place, parce qu’ils coûtent moins cher, se préparent à l’avance et se mangent froids.

Le format fait le régime

Le mezzé n’est pas une entrée. C’est le repas, étalé sur deux heures, où les plats arrivent par vagues et où chacun pioche. La table commence par les crudités et les trempettes, puis viennent les salades et les préparations tièdes. Ce qui sort du gril arrive en dernier.

Cette organisation explique pourquoi un végétarien mange bien au Liban sans rien demander. Le houmous et le baba ganoush ouvrent presque toutes les tables, l’un rond et crémeux, l’autre fumé et plus acide, et ils se répondent au lieu de se répéter.

Tahini, citron, huile d’olive

Deux produits gouvernent l’équilibre d’une assiette libanaise : le tahini, qui apporte le gras et l’amertume, et le citron, qui apporte l’acidité. L’huile d’olive arrive par-dessus pour lier et parfumer. Un plat qui vous semble éteint manque presque toujours de l’un des deux premiers.

Choisir son tahini

Le tahini se choisit avec attention. Un bon tahini libanais ou palestinien est fluide, clair, et son amertume reste discrète. Les pots industriels très foncés, faits de graines trop torréfiées, dominent tout ce que vous en faites. Remuez le pot avant chaque usage, l’huile remonte toujours.

Le geste qui rend le houmous lisse

Pour un houmous lisse, le geste qui compte tient au tahini. Fouettez-le d’abord avec le jus de citron et un peu d’eau glacée : le mélange blanchit et épaissit avant de se détendre. Vous ajoutez les pois chiches ensuite. Un tahini incorporé directement dans la purée donne une texture granuleuse que le mixeur ne rattrape pas.

Le boulgour, céréale de base

Le riz occupe le devant de la scène dans beaucoup de cuisines du Levant, mais le boulgour reste la céréale domestique du Liban rural. Du blé dur précuit, séché et concassé, donc rapide à préparer et bon marché.

Mouture Usage Préparation
Fin, n° 1 Taboulé, kibbeh Trempage à froid, sans cuisson
Moyen, n° 2 Farces, salades tièdes Trempage à l’eau chaude
Gros, n° 3 Pilaf, plats mijotés Cuisson comme du riz

Le taboulé montre bien le malentendu français sur cette céréale. Au Liban, c’est une salade de persil où le boulgour tient un rôle secondaire, quelques cuillères pour absorber le jus de tomate et de citron. La version en semoule vendue en barquette a inversé les proportions.

L’autre grand plat de céréale, le mujaddara, associe lentilles et riz sous une montagne d’oignons frits jusqu’au brun foncé. Ces oignons prennent quarante minutes et il ne faut pas les écourter, car ils fournissent le sucre et l’amertume qui portent le plat entier.

Les plats de carême chrétien

Les communautés chrétiennes du Liban observent des jeûnes qui excluent les produits animaux, et une partie du répertoire végétal vient de là. On parle de plats siyami, littéralement de jeûne, cuisinés à l’huile d’olive au lieu du beurre clarifié.

Ces jeûnes ont maintenu vivantes des recettes de légumineuses que le reste de l’année aurait pu faire disparaître. Le falafel en fait partie, à condition de le préparer selon la méthode ancienne : des pois chiches secs trempés une nuit et broyés crus, sans jamais passer par la cuisson. Un falafel fait avec des pois chiches en conserve se délite dans l’huile, et c’est l’échec le plus fréquent des cuisiniers pressés.

La fatteh aux pois chiches appartient à la même famille : du pain rassis coupé en morceaux et des pois chiches tièdes, sous une sauce au yaourt et au tahini montée juste avant de servir. Le pain doit rester croustillant sous la sauce, donc l’assemblage se fait à la dernière seconde.

Monter un mezzé pour huit personnes

Ne cherchez pas quinze plats. Six suffisent si vous les choisissez pour leurs contrastes plutôt que pour leur nombre.

Prenez deux trempettes, houmous et baba ganoush, que vous préparez la veille. Ajoutez deux salades qui apportent l’acidité et le croquant : le taboulé et le fattoush, ce dernier reposant sur du pain pita frit et sur le sumac, cette poudre rouge acidulée dont aucun jus de citron ne reproduit exactement le goût.

Complétez par un plat chaud consistant, mujaddara ou falafel, et par du pain. Les manaqeesh au zaatar, ces galettes couvertes d’un mélange d’origan sauvage et de sumac relevé de sésame, se cuisent en dix minutes et remplacent avantageusement le pain acheté.

Sortez tout en même temps et posez le tout au centre. Un mezzé servi en séquence perd ce qui fait son intérêt.

Les recettes citées

Houmous classiqueLiban

Houmous classique

Purée de pois chiches ultra-lisse montée au tahini, au citron et à l'ail, allégée à l'eau glacée et nappée d'huile d'olive. Le mezze fondamental.

⏱ 75 min·FacileVeganSans gluten
Baba ganoush (moutabal)Liban

Baba ganoush (moutabal)

Chair d'aubergine fumée sur la flamme, battue avec du tahini, de l'ail et du citron en une crème soyeuse parsemée de persil et d'huile d'olive.

⏱ 45 min·FacileVeganSans gluten
Taboulé libanaisLiban

Taboulé libanais

Une montagne de persil finement ciselé et de menthe, parsemée de tomates et d'un peu de boulgour, assaisonnée au citron et à l'huile d'olive.

⏱ 30 min·FacileVegan
FattoucheLiban

Fattouche

Salade croquante de laitue, tomates, concombre et radis, parsemée de pita grillée et relevée de sumac et de mélasse de grenade.

⏱ 30 min·FacileVegan
MujaddaraLiban

Mujaddara

Lentilles et riz parfumés au cumin, couronnés d'une montagne d'oignons frits croustillants. Le plat du peuple au Levant.

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FalafelsLiban

Falafels

Boulettes de pois chiches crus mixés avec persil, coriandre, ail et cumin, frites jusqu'à une croûte croustillante et un cœur vert et moelleux.

⏱ 50 min·MoyenVeganSans gluten
Fatteh aux pois chichesLiban

Fatteh aux pois chiches

Pita grillée, pois chiches chauds et sauce au yaourt végétal et tahini superposés puis couronnés de pignons dorés. Un petit-déjeuner levantin festif.

⏱ 30 min·FacileVegan
Manaqeesh au zaatarLiban

Manaqeesh au zaatar

Des galettes moelleuses badigeonnées de zaatar et d'huile d'olive, cuites très chaud, le petit-déjeuner libanais par excellence.

⏱ 37 min·MoyenVegan

Questions fréquentes

Le taboulé peut-il se préparer la veille ?

Non, et c’est le plat du mezzé qui s’avance le moins bien. Le sel et le citron font rendre son eau au persil en une heure, et la salade s’affaisse. Vous pouvez en revanche tout préparer séparément : boulgour trempé, persil et menthe hachés, tomates coupées, chacun de son côté au frais, et vous assemblez au moment de servir.

Le houmous se congèle-t-il ?

Oui, mieux que la plupart des trempettes. Congelez-le sous une couche d’huile d’olive, laissez-le décongeler une nuit au réfrigérateur, puis fouettez-le avec un peu d’eau glacée et un trait de citron frais : il retrouve sa texture. Au réfrigérateur simple, comptez trois à quatre jours.

Où acheter le sumac et le zaatar, et comment les choisir ?

Dans une épicerie libanaise, syrienne ou turque plutôt qu’en grande surface. Le sumac doit être d’un rouge sombre et légèrement humide au toucher, pas brun et poussiéreux. Quant au zaatar, ce n’est pas une épice mais un mélange dont la composition change d’une région et d’une maison à l’autre, entre origan sauvage, sumac, sésame et sel : goûtez avant de vous engager sur un gros sachet.

Comment conserver le tahini une fois le pot ouvert ?

À température ambiante, à l’abri de la lumière, il tient plusieurs mois. Le réfrigérateur le fait durcir et rend le mélange difficile, donc réservez-le aux pots que vous consommez très lentement. Dans tous les cas l’huile remonte : remuez jusqu’au fond avant chaque usage, sinon vous prélevez d’abord l’huile puis, plus tard, une pâte sèche et amère.

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