Les légumineuses, la colonne vertébrale des cuisines du monde

Quelle légumineuse chaque cuisine a choisie et pourquoi, comment les cuire sans se tromper, et ce qui transforme un sac sec en repas complet.

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Il n’existe pas de cuisine populaire sans légumineuse. Ce n’est pas un choix esthétique, c’est une conséquence : la légumineuse pousse là où la viande coûte cher, elle se garde un an dans un sac, et elle rend au sol l’azote que la céréale lui prend. Chaque région a gardé celle qui poussait chez elle et a construit son quotidien autour.

La carte des légumineuses

Le Levant et l’Inde ont pris la lentille, qui pousse en climat sec et cuit sans trempage. Le pourtour méditerranéen a pris le pois chiche, plus résistant à la chaleur et plus riche en matière grasse. Les Amériques ont eu le haricot noir, domestiqué au Mexique il y a sept mille ans. L’Afrique de l’Ouest s’appuie sur le niébé, qui supporte des sols pauvres. La Scandinavie, trop froide pour tout cela, a gardé le pois cassé, qu’on récolte court.

Région Légumineuse Plat quotidien
Inde du Nord Lentilles, pois chiches Dal, chana masala
Levant Pois chiches Houmous
Grèce Haricots blancs Fasolada
Maghreb Pois chiches et lentilles Harira
Brésil Haricots noirs Feijoada
Ghana Niébé Red red
Suède Pois cassés jaunes Ärtsoppa

Tremper ou pas

La règle tient en une phrase : les petites légumineuses à peau fine se passent de trempage, les grosses à peau épaisse en ont besoin.

Les lentilles corail du dal tadka cuisent en vingt minutes et se défont d’elles-mêmes, c’est ce qu’on attend d’elles. Les lentilles brunes tiennent quarante minutes sans se rompre. Les pois chiches secs, eux, demandent une nuit dans trois fois leur volume d’eau, puis une heure et demie de cuisson. Les haricots noirs et les haricots blancs suivent la même logique.

Une pincée de bicarbonate dans l’eau de trempage des pois chiches attaque la pectine des parois et donne une chair qui s’écrase entre deux doigts. C’est ce qui sépare un houmous crémeux d’un houmous granuleux, davantage que la quantité de tahini.

Le sel à la fin, une idée à revoir

On répète qu’il ne faut pas saler avant la fin, sous peine de durcir la peau. Les essais faits depuis vingt ans donnent l’inverse : une eau de trempage salée aide les ions sodium à remplacer le calcium et le magnésium dans la paroi cellulaire, qui devient plus tendre.

Ce qui durcit vraiment les légumineuses, c’est l’acide. Ajoutez la tomate, le vinaigre ou le citron une fois que la peau a cédé. La fasolada grecque le fait sans y penser : les haricots blancs cuisent d’abord dans l’eau avec carotte et céleri, la tomate arrive après.

Deuxième cause de résistance : l’âge. Des pois chiches de trois ans ne s’attendriront jamais, quoi que vous fassiez. Achetez chez quelqu’un qui tourne son stock.

Du sac sec au repas complet

Une légumineuse seule ne fait pas un repas. Chaque cuisine a trouvé sa manière de la finir, et ces gestes se ressemblent d’un continent à l’autre.

Le tarka indien, huile brûlante versée sur le dal avec cumin et ail, ajoute le gras et le parfum en dernière seconde. Le chana masala fait l’inverse et construit la base au départ, oignon et tomate poussés jusqu’au brun avant l’arrivée des pois chiches.

Des Amériques à l’Afrique de l’Ouest

La feijoada végétale brésilienne remplace la charcuterie par du paprika fumé et des légumes racines, et garde tout le reste : la farofa, l’orange et le chou. Le red red ghanéen doit sa couleur à l’huile de palme rouge et se sert avec des plantains frits, dont le sucre répond au niébé.

La harira marocaine fait le lien entre pois chiches et lentilles dans la même casserole, liée au tadouira, un mélange de farine et d’eau qui donne au bouillon sa texture veloutée.

Le cas nordique

L’ärtsoppa suédoise se mange le jeudi, tradition qui remonte au temps où le vendredi était maigre. Pois cassés jaunes, oignon, marjolaine, et de la moutarde forte à table. Le plat est court en ingrédients parce que le climat l’était aussi.

Ce que la Suède partage avec le Ghana ou le Brésil, c’est la même équation : une légumineuse locale, un corps gras, un condiment vif au moment de servir. Changez les trois termes et vous obtenez une autre cuisine. Gardez la structure et vous mangez comme la moitié de la planète.

Les recettes citées

Questions fréquentes

Comment limiter les ballonnements ?

Ils viennent d’oligosaccharides que l’intestin humain ne digère pas et que la flore fermente. Trois gestes aident : jeter l’eau de trempage et rincer, rincer aussi les conserves, et cuire assez longtemps. Le kombu japonais dans l’eau de cuisson, l’épazote mexicain et l’ajwain indien répondent tous à ce même problème. Le facteur le plus déterminant reste l’habitude : une flore qui reçoit des légumineuses régulièrement s’y adapte en quelques semaines.

Les conserves valent-elles les légumineuses sèches ?

Sur le plan nutritionnel, elles s’en approchent de très près, à condition de les rincer pour évacuer une partie du sel. La différence est ailleurs : le sec coûte beaucoup moins cher, vous laisse maîtriser la texture, et donne un bouillon de cuisson qui fait le goût de nombreux plats. Une seule chose ne se fait pas en conserve, le falafel, qui exige des pois chiches crus trempés.

Y a-t-il des légumineuses qu’il ne faut jamais cuire à basse température ?

Oui, les haricots rouges secs. Ils contiennent une lectine, la phytohémagglutinine, détruite seulement par une ébullition franche : après le trempage, ils doivent bouillir à gros bouillons une dizaine de minutes avant tout mijotage. Une cuisson uniquement à petit feu, en mijoteuse par exemple, ne suffit pas. Les haricots en conserve, eux, sont déjà cuits et ne posent pas ce problème.

Faut-il un autocuiseur ?

Il n’est pas indispensable mais il change le rapport au temps : des pois chiches trempés passent d’une heure et demie à une vingtaine de minutes, des haricots secs de deux heures à une demi-heure. Sans lui, la stratégie qui marche est celle des cuisines qui vivent de légumineuses depuis toujours : une grande casserole, une seule fois, et de quoi tenir plusieurs repas.

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